| En latin d'Afrique Une Chronique comtemporaine de GILBERT ESPINAL
COMPTES DE NOEL
- Ay ! s'écria Angustias en s'introduisant, la porte à peine ouverte, dans l'appartement de la Grand'mère: je suis ! qu'avec un cheveu on pourrait m'étrangler, du suffoco (affront) qu'elle vient de me faire ma couturière, une française plus répinfée (veut dire à la fois hostile et pincée) que je sais pas quoi me dire!.... La golondrina et Amparo qui se trouvaient là,justement, tendirent davantage encore leur oreille. - Et qu'est ce qu'elle t'a fait la couturière que t'y es là, avec le coeur entre les amygdales? interrogea la grand'mère. - Pos, qu'elle m'a jeté à la fugure les vingts euros que je l'y avais laissés comme arrhes, qu'elle m'a attrapée par le bras et foutue à la porte de son atelier....
- Toi t'y as du lui faire quelque chose pour qu'elle se conduise avec toi comme si tu serais la dernière des dernières. - J'étais venue chez elle, expliqua Angustias, sur recommendation de Madame Pimpollo, à qu'elle me fasse une robe de cérémonie pour que j'aille au packsage du frère à mon cousin Lopec'h, à Douarnenez. - Et comme y s'appelle le frère à ton cousin? fit la Golondrina; t'y as plus de famille que les lapins dans une cage: de partout y te sortent des cousins!
- Tatapepette! établit Angustias. - Mais cette Tatapépette, insista la Golondrina, c'est le frère ou la soeur de ton cousin: tantôt on l'appelle Joseph, Pépé pour les intimes, et tantôt Tatapépette?? - Y compte pour deux, répliqua Angustias : pour les papiers, c'est son frère ; mais dans la vie de tous les jours, c'est sa soeur qu'elle va se pacser avec....
- Elle est transexuelle ta Tatapépette ou quoi? coupa Amparo! - T'y es folle ! sauta Angustias. Ouaala ! elle est comme le Bon Dieu l'a faite avec tous les attributs qu'y faut pour être masculine : elle a rencontré un beau garçon d'origine pied noir de Tunisie. Il appartient à une vieille famille aristocatatique du bled qui avait dans le temps monté une entreprise de concassage de cailloux, des gens joyeux, à ce qu'on m'a dit. Je crois que c'est son grand père qu'il était à l'origine de l'affaire et son père il a continué. Y z'avaient accumulé une grande fortune. Bourguiba leur a tout pris et y sont revenus en France une main devant et l'aut' derrière. Horosement que Julot de Tataouine qu'è va devenir mon parent par packsage, il avaient entrepris de se faire tatouer sur tout le corps ; et comme ça, il a pu, en montant une baraque dans les foires, à qu'on l'admire, refaire sa situation ; main'nant il circule plus qu'en béhéme (BMW) .... - Et qu'est ce qu'y s'est fait tatouer? interrogea la Golondrina avec avidité.
- ma fi, y'a de tout : des fleurs, des z'oiseaux, des papillons, des fruits, des légumes ! Y a pas un centimet' carré de peau qu'il ait échappé à l'aiguille de l'artiste. - Et où y s'est mis tout ça ? sauta la Golondrina. - Je vous dis, partout !par esemple, sur chaque bras y s'est fait tatouer une femme nue. chacune elle a la tête sur ses épaules, le corps sur ses bras et les jambes j'qu'au poignet ; quand y fait rouler ses biscoteaux elles dansent du ventre. On dirait qu'elles sont réelles ! sur le dos y s'est fait graver un homme accroupi sur le sol avec un parapluie dressé ; quand il écarte ses omoplates le parapluie y s'ouvr' ; et sur les fesses....
- Pasque tu l'y a vu les fesses ! s'exclama la Golondrina scandalisée. Qu'est-ce qu'il a sur les fesses??
- Le portrait de son aimée en légumes et en fruits! - Que barbaridad (quelle énormité) ! s'exclama la grand-mère. Tu dis des bluffes !
- Le pur évangile ! c'est une composition ; avec des tomates pour faire les joues, une salade frisée pour la chevelure, des poires pour la mâchoire, des lychees pour les z'yeux, une tranche de patate douce (du mognato) pour le front ....
- Et la bouche ? demanda la Golondrina. - je sais pas ! coupa promptement Angustias, mais y paraît qu'à l'ensemble y lui manque plus que la parole. D'abord, tout le monde reconnait le portrait de Tatapépette et le conservateur du musée de Douarnenez il a déclaré que ça ressemblait à (attend que je me souvienne que c'est ma cousine Dolorès qu'elle me l'a répété) à un arcimboldo. - Et sur les jambes qu'est ce qu' il a ?, - des fleurs, des fruits, des arbres et des branches ! - je suis sure qu'y s'est pas fait tatouer ça que je pense ! intervint la Golondrina. - Pos, tu te trompes ma fi'sauta Angustias. Y s'est fait représenter un triple décimètre (qu'encore y paraît que y avait de la place) pour que chacun puisse avoir une idée de capacités ; mais je le verrai pas moi pasque Tatapépette elle m'a prévenue, il porte toujours un string très strict : il aime ma cousine entière, comme elle est ! j'qu'au poils il veut pas qu'elle se rase: elle reste avec ses poils sur la poitrine, ses poils aux bras, son poil aux pattes .... - Et ...? persifla la Golondrina - Là aussi ! conclut Angustrias. - Elle garde sa barbe?? reprit la Golondrina. - La barbe à papa ! ricana sauvagement Angustias. - Et pourquoi tu te fous de moi ? s'exclama la Golondrina véxée. D'un côté tu nous déclares que pour faire des sous, il a monté une barraque ou y montre ses tatouages et de l'aut qu'elle garde ses poils. Pos, moi j'ai cru qu'ils s'étaient associés, lui y montrait son Arcimboldo par derrère et elle sa barbe de l'aut'côté. Ce serait pas la premère femme à barbe de l'histoire! Mon père y m'a raconté que, pendant la guerre de 14, au front, on exhibait une femme à barbe pour faire peur aux boches...; je pensais que c'était la même chose avec ta cousine!! - Et pourquoi ta couturière elle t'a foutue à la porte? coupa la grand-mère. - Pasque je l'y ai demandé de me faire une robe - y faut que je sois chic au packsage de ma cousine (qu'y va y avoir le ban et l'arrère ban de la fami'), une robe qu'elle fasse à la fois fourreau et crinoline. Je l'y avais porté un de ces tissus que j'avais acheté à la Goutte d'or! une soie ! a te lécher les babouines. Elle m'a dit cette bova (idiote) que faire un fourreau et une crinoline c'était la quadrature du cercle. Et là je suis restée, comme une bamba (imbècile) avec mes sous et mon étoffe. je sais comment faire ! - Pos, soit simple ! lança la Golondrina, va chez Saint-Laurent : lui, comme toi, il est d'Oran : ses grands-parents y z'habitaient les bas quartiers, rue Pontébas : t u vas le voir et tu l'y esplique que toi aussi t'y es de la Calère, que t'y étais domiciliés place de la Perle et c'était toi la perle de la place; T'y as pas été miss Oran toi je crois?? - Septième Dauphine ! fit modestement Angustias. La miss en titre, avant le concours, elle avait couché avec le Président et les six autres avec les six membres du jury; et moi, comme j'étais déjà fiancée avec le Bigoté et qu'il faisait que me dire que ce qu'il appréciait davantage à moi c'était ma virginité, là je suis restée avec le mogno etcho (littéralement avec le chignon fait, autrement dit en carafe) - La virginité ! ricana Amparo, y me font rigoler les hommes avec leur virginité ! t'y aurais gardé ton collant et il y aurait vu que du feu ! - C'est ça qu'elle me disait ma mère, que c'était une sainte femme, plus droite encore que la route à Raffarin! - Et combien y avait de candidates à ton concours? demanda la Golondrina insidieusement. - Sept ! -T'y était la plus moche ! railla la Golondrina. - Bon ! éructa fermement la grand-mère pour mettre fin à cette oiseuse discussion, l'important aujourd'hui c'est que t'y ailles chez Saint-Laurent. -Où il habite ? - Avenue Montaigne ! encore il a là ses magasins, précisa la Golondrina. - On disait pas qu'il avait pris sa retraite? interrogea Amparo - Ca c'est pour les z'impots ! établit péremptoirement la Golondrina. Les couturiers de cette trempe y z'arrêtent jamais : y cousent plus de la main droite pour être exonérés des taxes, mais de la main gauche y continuent de tirer l'aiguille. Où tu crois qu'elle s'habille Madame Chirac ? pos, chez Saint-Laurent ; elle le paye avec les fonds secrets et lui y lui rend la monnaie en pièces jaunes comme ça, ni vu ni connu j't'embrouille. - Moi je croyais qu'elle s'habillait à la Redoute ! proféré Amparo. Je la revois encore avec ce petit ensemble qu'elle portait quand elle a dansé la Lambada avec Yang Zémin. Quel couple! on aurait dit qu'il avait boutonné sa vest au nombril de Bernadette : y z'étaient à croquer! - C'est que, hasarda Angustias, si je vais chez Saint-Laurent y va me faire payer le gusto y la gana (le goût et l'envie) - Ne crois pas, coupa la Golondrina, pour ses compatriotes y fait des prix, surtout si, au cours de la conversation tu lui glisses habilement que t'y étais lauréate au concours de beauté. T'y as pas besoin de lui préciser que t'y étais que septième dauphine ; y va t'et'fier comme un pour d'habiller une miss !
- Et comme tu crois que ça va se passer? interrogea Angustias déjà prise de l'angoisse de l'inconnu. - Pos, tu rent' dans son magasin ; y sera là, derrière son comptoir entrain de vérifier les coupons qu'y lui restent, pis-qu'il a pris sa retraite. A côté de lui sur une haute estrade tu verras un type, Pierre Bergé, qui compte les sous. Tu t'avances et tu l'y expliques : posément, calmement. Tu verras le sourire qui éclairera son visage. Et y te redira cette phrase que nous connaissons bien tous "je vous ai compris". Autour de son cou il a une ficelle avec, pendu, un sifflet y fera "tut!...tut!..." Aussitôt le rideau que y a au fond du magasin y 's'ouv' et y a trois bonnes femmes qu'elles z'apparaissent : Cindie Crawford, Noemie Campbel et Claudia Schoufleur, splendidement vêtues ; et y te dira : "choississez madame!" si tu sais y faire, y te feras cadeau de la robe.
- Et comme je vais faire moi pour rentrer dans ces robes? elles sont minces comme des aiguilles à tricoter et moi je suis replète! -T'y es pas replète, lança venimeusement la Golondrina : t'y es comme un éléphant de mer, mais ça fait rien pasque chez les grands couturiers les coutures elles tiennent, c'est ça que ça fait leur renommée. T'y as pas vu des grosses clientes qu'ils z'habillent? Pour l'essayage, on tient les robes droites et on les coule dedans à la louche. Dehors elles sont comme des boudins, à l'intérieur comme des merguezs. - Ay ! soupira Angustias, et si y me fait cadeau d'une robe, y va falloir que je me paye le sac, les gants et les chaussures.....
- Le sac et les gants t'y as pas de souci à te faire qu'a Carrefour y en a de toutes les couleurs : en crocrodile de la Macta. Pour les souliers ce sera plus délicat.... - Surtout que moi je suis difficile à chausser, gémit Angustias; derrière je chausse du 37 pasque j'ai le talon menu, mais devant y me faut du 43 à cause de mes z'oignons. - Alors, t'y as pas de souci à te faire conclut la Golondrina Si t'offr' les chaussures elles t'iront comme un gant : les trois mannequins chaussent du 46. Tu pourras installer tes oignons ton ail et ton persil. Il lui a offert les trois robes ! " C'était des rossignols" conclu la Golodrina au comble du dépit. UN HOMMAGE A MONSIEUR GILBERT ESPINAL QUI A ECRIT CETTE CHRONIQUE et d'autres que je mettrais prise sur l'Echo d'Oranie MERCI MONSIEUR POUR VOTRE HUMOUR "J'ADORE" je suis permise de mettre sur mon blog votre chronique pour que tout le monde puisse en profiter si cela ne vous convenez pas faites le moi savoir merci !!! |