| LES BONNES INTENTIONS
Ils étaient tois petits lutins dans cette forêt du Nord. Le premier s'appelait PIC, le second s'appelait PIC, et le troisième s'appelait COLEGRAM: PIC, et PIC et COLEGRAM.... A COLEGRAM, qui était tout petit, on n'avait pas encore donné de tâche à sa mesure, et pourtant il brûlait de se rendre utile. "Je m'occuperais des hommes, décida-t-il, et je ferai leur bonheur." Et il partit sur le chemin, tralala! en chantant son plaisir à tue-tête... Il marcha longtemps sans rencontrer personne, puis il vit un vieux vagabond dont les guenilles pendaient et dont les orteils passaient par tous les trous de ses bottes... Il errait de-ci, de-là sous les arbres, rammassant en grand tas les feuilles sèches pour se coucher dessus. "Comme il est vieux! Comme il est pauvre! songea COLEGRAM. Je vais le tier de sa misère."
Aussitôt, il dit : PIC et PIC et COLEGRAM BOUR et BOUR et RATATAM AM, STRAM, GRAM..." et il fit dans l'air trois petits signes avec ses mains. Miracle ! les feuilles mortes se changèrent en pièces d'or! Quand il s'en aperçut, le vieux devint fou. Il les prenait à poignées, les faisait ruisseler entre ses doigts, pleurait et riait en même temps. Puis il enleva sa houppelande et commença d'entasser dedans les pièces d'or : bien sur, il voulait tout emporter. La houppelande était en guenilles ; quand il la releva, il plut de l'or par tous les trous. Mais ce qui restait était encore bien assez lourd. Quand il l'eut sur le dos, il tébucha, tomba sur les genoux, puis de tout son long, et resta couché par terre, écrasé sous le poids de cet or. "Oh! Ah! se dit COLEGRAM. Je croyais bien faire...." Une autre fois, il arriva sur la lisière de la forêt où est la cabane du sabotier. Il avait neigé trois jours durant; on ne voyait plus rien sur la terre, et, oh! que le froid était vif! Derrière sa fenêtre, la petite sabotière écrasait son nez sur la vitre et COLEGRAM l'entendit qui pleurnichait! "Je ne vois plus mes fleurs, elles sont sous la neige!... - attends, dit tout bas COLEGRAM, je vais l'enlever." Aussitôt il dit : "PIC et PIC et COLEGRAM BOUR et BOUR et RATATAM AM, STRAM, GRAM...."
et souffla sur la neige, et la neige fondit, et les fleurs apparurent. Mais quand la neige ne fut plus là pour les préserver, ce fut le froid qui les mordit; en un clin d'oeil, elles se recroquevillèrent et devinrent toutes noires. "Hi! hi! hi! piaillait maintenant la sabotière, mes fleurs sont gelées! mes fleurs sont mortes!
-Oh! Ah! se dit COLEGRAM. Je croyais bien faire..." Et ce fut ainsi chaque fois.... Quand il soufflait dans la cheminée pour attiser le feu, il se trouvait que la ménagère voulait juste un petit feu de braise pour mijoter sa soupe, et la soupe brûlait sur les flammes trop vives. Et quand il soulevait un fagot sur le dos d'un bûcheron, le bûcheron perdait l'équilibre et culbutait, jambes par-dessus tête. Cela finit par ce savoir. Chaque fois qu'il leur arrivait un ennui, les gens des hameaux criaient : "C'est COLEGRAM! hou! hou! COLEGRAM!" Alors COLEGRAM s'en alla tout au fond de la forêt et se mit à pleurer. Qu'allait-il faire maintenant, puisque toutes ses entreprises tournaient mal? Un si petit COLEGRAM qui pleure dans une si grande forêt, cela fait pitié, n'est-ce pas?? La forêt eut pitié en effet : elle agita ses feuilles qui dirent en bruissant "Chui! Chui! Réfléchis!" Le Sanglier grogna : Hon! Hon! fais attention!" et la mésange fit : "Piwit! va moins vite!" Alors le sourire revint sur le visage de COLEGRAM. Il repartit à pas de loup vers les villages : cette fois-ci, on allait bien voir! Au revers du fossé, un petit mendiant geignait. A sa maigreur, à ses mains tordues, à son nez pincé, on voyait bien qu'il mourait de faim. "Pauvre petit! dit COLEGRAM, je m'en vais le sauver." Aussitôt, il ouvrit la bouche pour dire "AM, STRAM, GRAM" et faire apparaître une table avec pâtés, des rôtis, des gâteaux et des flacons de bon vin. Mais, de loin, la Forêt agita ses grands bras : "Réfléchis!" Et, comme un faible écho sur un souffle de vent, arriva le cri du Sanglier : "Attention!" et puis celui de la Mésange : "Va moins vite!" et COLEGRAM se dit: "Si je lui donne tout ça à manger, sûrement il aura une indigestion et mourra étouffé....." Alors il remua tout doucement ses mains roses dans le soleil et chanta pas plus fort qu'un grillon des champs: PIC, et PIC et COLEGRAM, BOUR et BOUR et RATATAM, AM, STRAM,GRAM....
Et la rosée des fleurs se changea en miel qui coula doucement dans la bouche du pauvret, et une chèvre apparût, qui s'arrêta sur la route juste le temps qu'on lui tire un peu de lait, plein la corolle de trois liserons. Cela fit un petit repas léger, juste ce qu'il fallait pour l'instant, et l'enfant ne mourut pas. maintenant COLEGRAM a compris ; les gens des hameaux le bénissent pour sa bonté et sa grande sagesse. Et quand un bruit léger s'élève des clairières, à l'heure des brumes, et sembre vous entraîner le coeur dans son vol joyeux, sachez que c'est lui qui s'en va dans le petit vent du soir, tout doucement, soulager
-pas trop à la fois! -pas trop vite! -un peu de la longue misère des hommes.
auteur MARIE COLMONT J'ESPERE QUE CETTE PETITE HISTOIRE VOUS AURA PLU JE VOUS SOUHAITE UNE DOUCE NUIT PLEINE DE JOLIS REVES BONNE SOIREE BISOUS |